J'ai eu la chance d'être invité à une projection-débat autour du film "L'homme qui voulait vivre sa vie", avec Eric Lartigaud, Marina Foïs et Pierre-Ange Lepogam. Merci Raphael.
Un film dure, inspiré du livre de Douglas Kennedy, où Romain Duris interprète le rôle de Paul : personnage kaleidoscopique, emporté dans une tempète dramatique, à recherche de qui il est et de qui il veut être.
Je n'avais pas vu la bande-annonce avant cette projection : juste le titre et l'affiche. J'étais neuf et pouvais projeter n'importe quelle histoire pour ce film. Précisément, le premier point que je voudrais partager est celui de la projection. Paul se projetait dans un type de vie, dans un type de rôle, dans des types de liens. Soudainement, tout bascule. Ses architectures mentales et sociales s'effondrent. Dans ce parcours initiatique, sur les routes de "sa" vérité, Paul se perd, s'enfonce, se "noit presque"... comme si pour devenir ce que nous sommes, il fallait mourir un peu. Du mal à accepter cette idée... mais le débat à la fin du film m'a apporté de nouvelles clefs, pour sortir de l'ombre vers la lumière : accepter les choses comme elles sont, pas comme nous aimerions qu'elles soient, chargées d'un voile de faux-semblants. Cela n'a pas grand chose à voir, mais comme j'ai adoré "Into The Wild", j'ai repensé à cette autre parcours de vie, qui s'entremèle avec le rejet et l'abandon. Les décors, sauvages pour ces 2 films, facilitent surement le raprochement... même si les intriguent sont très différentes.
Deuxième mot clef : le puzzle. J'ai rencontré Raphael, il y a 4 ans, à la sortie d'une projection-débat ("The shop around the corner", je crois ; nouvelle assonance). Nous avons eu depuis de nombreuses discussions sur le souk de nos vies et notre puzzle identitaire. L'identité2.0 est un sujet récurrent pour les social media ninja : comment faire coexister la vie de nos différents avatars, valoriser les empruntes de nos contenus, les traces de qui nous sommes et de ce que nous partageons ("we are what we share"). Dans la vie réelle de Paul, difficile de concilier les différentes vies de sa vie : la fuite en avant, abandonner, déguerpir, enterrer le passé... vite. Cette triste échappée belle devrait ouvrir sur un eldorado possible... pour autant, tant que Paul n'aura pas fait face à ses dragons, sa course poursuite restera interminable. J'avais du mal à percuter sur cette idée : Marina, pendant le débat, m'a gentiment mouché : nous n'avons qu'une vie, nous ne sommes qu'un, il faut se réconcilier avec soi-même pour être vraiment soi. Les différentes pièces de notre puzzle de vie auraient donc chacune une place : elles ont toutes leur importance, inutile de penser pouvoir construire plusieurs histoires avec elles, autre que la sienne propre.
Dernier mot pour ce post : le rire. Il y a assez peu de fantaisie dans ce film... pour autant, le rire est un bon moyen pour prendre du recul, se distancier, accepter la réalité en s'en décroutant. C'est d'ailleurs le thème de "Le Nom de La Rose" - l'intrigue tourne autour d'un secret, tenu depuis Aristote, autour de cette observation "Seul parmi les êtres vivants, l'homme sait rire". L'homme qui voulait vivre sa vie" est un labyrinthe, où l'on s'effondre de Charybde et Scylla... l'oxygène nous manque au fur et à mesure. Besoin de respirer à gorge déployée : le format ciné-débat était donc super bienvenu. On sentait le besoin du public d'extérioriser ses sensations... avec la complicité des réalisateur, acteur et producteur : la convivialité a su prendre le pas sur les tensions de l'intrigue. Quoi que la vie nous apporte : n'oublions pas de rire :)

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